Since I came back I’ve been away – le voyage du retour en France jusqu’aux vacances à Cancale en passant par le cosmos

Le chaos.
Il y en aura eu ces derniers mois.
Je suis rentrée, et puis
Et puis je ne sais plus.
Le trou noir.

Un trou noir est le résultat de l’effondrement d’une étoile massive. En grandissant, la force de gravité qui fait tenir ensemble le gaz, les poussières et tous les matériaux qui forment l’étoile devient trop forte pour l’étoile. Toutes ces particules finissent par s’effondrer sur elles-mêmes, se contractent, comme attirés par un aimant autour d’un même point. L’étoile massive devient une masse compacte, très dense, beaucoup plus petite, mais avec une attraction gravitationnelle extrêmement élevée : c’est le cœur du trou noir, la singularité gravitationnelle. Le poids de cette masse crée une déformation dans l’espace-temps, comme si on posait sur une nappe tendue une grosse bille de plomb : la nappe se creuse autour de la bille, comme le fait l’espace autour du trou noir. Et encore autour de la singularité, un espace se forme, appelé « horizon du trou noir » : tout ce qui franchit la limite critique et pénètre dans l’horizon du trou noir ne peut plus en sortir. Paradoxalement, ce qu’on appelle « l’horizon » est finalement un point de non retour. La force gravitationnelle exceptionnelle du trou noir entraine tous les éléments de son horizon dans un tourbillon dans lequel la matière est chauffée à des températures considérables, avant d’être engloutie. De cet horizon, la lumière elle-même ne peut plus sortir : les photons y sont piégés. C’est pourquoi cet effondrement a pris le nom de « trou noir » (malgré les protestations de certains scientifiques, notamment français, qui trouvaient l’expression inconvenante) : parce que de l’extérieur, on ne peut voir qu’un espace noir ; alors qu’à l’intérieur, c’est un espace en fusion, un espace que la physique est encore incapable d’expliquer ou d’imaginer.

Le trou noir n’est pas tendre avec la matière qu’il entraine dans son horizon. Le temps s’écoule différemment dans le trou noir : un observateur qui se trouverait au-delà de la limite critique voit le temps s’écouler plus vite qu’un observateur extérieur qui, à l’inverse, verra l’autre évoluer plus lentement. Mais il ne pourra de toute façon jamais y avoir d’observateur intérieur et extérieur : toute particule qui franchit la limite critique de l’horizon est soumise à des forces d’attraction différentes qui finissent par la déchiqueter avant d’être engloutie par le trou noir et de venir alimenter sa masse. Cela, c’est ce qu’on appelle la force de marée : ce serait comme si on attachait un poids de dix tonnes aux pieds de quelqu’un, tout en tirant avec vingt tonnes au sommet du crâne. Un écartèlement, en somme.

Et donc, moi, je suis dans le trou noir.
Et au milieu de ce trou noir, j’ai vu
un à un
mes rêves
se dé
cro
c
h
e
r
entraînés par un tourbillon qui engloutissait tout sur son passage, sans que j’ai pu faire le moindre mouvement pour les retenir.

Je suis rentrée, et j’ai senti une déformation de l’espace temps, tout allait trop vite autour de moi et je me suis vue ralentir, ralentir, ralentir

Je suis rentrée légère, et j’ai retrouvé dans l’horizon les vieilles histoires laissées en plan, planant entre les cauchemars et un futur raturé sur du papier froissé, qui m’alourdissent
qui m’écartèlent

Je suis rentrée et soudain je n’ai plus rien senti

Les particules, les sensations ne sortent plus du tourbillon, elles viennent à moi et tournent si vite que je ne les identifie plus, que je les vois simplement se heurter et s’écraser entre elles avant qu’elles puissent m’atteindre ou que je puisse les renvoyer

Je suis rentrée et j’ai senti l’oxygène commencer à me manquer
et cette pensée
cette pensée obsédante
« Où est la fin ? »
« La fin du trou noir ? »

Le problème, c’est que la physique n’a pas encore résolu cette question.

La [mot qu’on ne prononce pas]
ce n’est pas ne plus croire en la vie
au contraire
c’est de savoir qu’elle vaut mieux que ça
qu’elle peut nous renverser d’extase
(sur les rochers de Falkenberg, au sommet d’Ulu Watu)
qu’elle peut nous rendre fou d’amour
(sous les étoiles à Loudun, sur un bateau en Méditerranée)
mais que tout ça n’est plus
ne peut plus être
tant qu’on sera dans le trou noir
tant que les lois de la physiques détruiront tout sur leur passage
et que tout ce qui vient de l’extérieur se crashera sur notre horizon de non retour.

La [mot qu’on ne prononce pas]
ce n’est pas un long tunnel sans fin
tout comme un trou noir n’est, finalement, pas un trou
c’est un mur
épais
dense
qu’on ne peut pas bouger
mais au-delà duquel on entend
sent
devine
les particules d’envies dont on aurait besoin pour sortir de là.

Mais depuis quelques jours
(à moins qu’il ne s’agisse d’un millénaire ?)
j’ai réussi à attraper quelques sensations
une lumière
un accord de musique
des instantanés d’un bonheur qui n’est peut-être pas si loin

le soleil qui tombe entre les branches des arbres, sur la main de Nyamuk, tenant une poignée de cerises qu’il dépose entre mes bras

la mer froide du matin qui défroisse et rend les idées claires

le vin, et ceux qui le partagent

du ceviche frais sous les arbres

un sourire qui fait grimper un frisson le long de ma colonne vertébrale

et l’horizon
un autre horizon cette fois
l’horizon du bateau
un horizon calme, dont on n’attend rien
un à-venir plat
sans drame
instantané
qui ne fait pas peur, lui
qui ne déchiquette pas, lui
Et puis la mer
la mer
la mer
et ce carré d’eau entre les arbres
qui scintille sous la lune
cet instant-là
une suspension
où le tourbillon s’arrête
le temps d’une seconde
d’une respiration
il n’y a plus que moi
le silence
et moi
face au carré mer-lune
et cette question, toute aussi obsédante
« Pourquoi personne ne le voit ? »

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