{"id":237,"date":"2023-02-11T16:15:43","date_gmt":"2023-02-11T15:15:43","guid":{"rendered":"http:\/\/anaid-sayrin.com\/?p=237"},"modified":"2023-07-22T11:49:04","modified_gmt":"2023-07-22T09:49:04","slug":"1-5-dans-le-tarn-democratie-participative-au-coeur-de-loccitanie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anaid-sayrin.com\/index.php\/2023\/02\/11\/1-5-dans-le-tarn-democratie-participative-au-coeur-de-loccitanie\/","title":{"rendered":"1\/5 &#8211; Dans le Tarn : D\u00e9mocratie participative au c\u0153ur de l&rsquo;Occitanie."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Vue-du-jardin-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-238\" srcset=\"https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Vue-du-jardin-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Vue-du-jardin-300x225.jpg 300w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Vue-du-jardin-768x576.jpg 768w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Vue-du-jardin-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Vue-du-jardin.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je me demande \u00e0 quoi ressembleraient les causses si je pouvais les voir d&rsquo;en haut. Peut-\u00eatre auraient-ils l&rsquo;air de grandes pi\u00e8ces de puzzle qui s&rsquo;assemblent ; entre les plis de terre, on devine sans doute les hameaux, cach\u00e9s derri\u00e8re les doigts de sorci\u00e8re des for\u00eats de ch\u00eanes encore endormis par l&rsquo;hiver. Parfois, un ch\u00e2teau \u00e9merge, perch\u00e9 sur une colonne rocheuse, comme un mirador venu d&rsquo;un autre si\u00e8cle. Mais en se rapprochant encore de la terre, des t\u00e2ches de couleur apparaissent : ce sont les explosions des fleurs de printemps. \u00c0 cette p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e, les mimosas \u00e9clatent en monades dor\u00e9es, les cerisiers du japon se couvrent de fuchsia, et les branches nues des magnolias caducs s&rsquo;alourdissent d&rsquo;\u00e9normes tulipes rose cr\u00e8me. Nous sommes \u00e0 Penne, dans le Tarn. \u00c0 premi\u00e8re vue, les villages vides semblent fig\u00e9s dans un autre si\u00e8cle. En s&rsquo;y promenant, on ne peut qu&rsquo;imaginer ce que fut la vie quand toutes ces maisons \u00e9taient habit\u00e9es et que les fileuse de chanvre installaient leurs rouets sur les gros pav\u00e9s des rues \u00e9troites. Chaque maison transporte l&rsquo;histoire \u2013 comme celle de Corinne et Denis, en plein c\u0153ur du bourg de Penne. La multitude des pi\u00e8ces et une lampe rouge dans ce qui est aujourd&rsquo;hui un salon de musique raconte que cette grande maison fut peut-\u00eatre d&rsquo;abord un h\u00f4tel de passe. Plus tard, elle est devenue la r\u00e9sidence d&rsquo;un certain monsieur Poireau, commissaire de police au Tonkin, dont les souvenirs furent remis\u00e9s dans la cave. Comment faire pour que toutes ces histoires ne deviennent pas une mal\u00e9diction pour ceux qui vivent encore l\u00e0, pour que leur vie et leur village ne soient pas destin\u00e9s \u00e0 devenir un mus\u00e9e ne s&rsquo;animant que l&rsquo;\u00e9t\u00e9, lorsque les touristes d\u00e9barquent ?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Najac-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-239\" srcset=\"https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Najac-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Najac-300x225.jpg 300w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Najac-768x576.jpg 768w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Najac-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Najac.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais il faut s&rsquo;approcher encore un peu : en poussant les portes, on d\u00e9couvre une vitalit\u00e9 bien r\u00e9elle, peut-\u00eatre plus vibrante encore que l\u00e0 o\u00f9 tout le monde s&rsquo;agite. Nous sommes accueillis par Erika et Baptiste, et leurs trois enfants, C\u00f4me, Antonin et Lucien. Ce territoire a longtemps \u00e9t\u00e9 celui des vacances de Baptiste, avant que sa m\u00e8re ne d\u00e9cide d&rsquo;y \u00e9lire pleinement domicile. Il y a dix ans, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu en Afrique, en Inde, au Pakistan, Erika et Baptiste ont d\u00e9cid\u00e9 de venir s&rsquo;installer ici pour y reprendre la Guinguette de Cazals et lui donner une seconde vie. Petit \u00e0 petit, la famille s&rsquo;est rapproch\u00e9e : les parents d&rsquo;Erika sont aussi venus s&rsquo;installer. En fin d&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, ils ont fini par la vendre pour reprendre un autre rythme. En 2019, une liste citoyenne a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue \u00e0 la mairie de Penne, portant le r\u00eave d&rsquo;une d\u00e9mocratie participative. Erika fait partie du conseil municipal. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, d\u00e8s notre arriv\u00e9e, nous plongeons dans le c\u0153ur du village, dans ses probl\u00e9matiques, dans son quotidien. Tous les vendredis soirs, le conseil se r\u00e9unit pour des assembl\u00e9es publiques au cours desquelles on parle aussi bien du trac\u00e9 des randonn\u00e9es que de l&rsquo;\u00e9clairage public, du nouveau PLUi et des recours juridiques \u00e0 la commission europ\u00e9enne contre les compteurs Linky. \u00c0 chaque fois, les m\u00eames questions se posent : comment inclure les citoyens dans ces prises de d\u00e9cision ? Comment faire entendre toutes les voix ? Peut-on se contenter des opinions de ceux qui se d\u00e9placent lors de ces assembl\u00e9es ? Sont-ils repr\u00e9sentatifs de l&rsquo;ensemble du village ? Nous avons particip\u00e9 \u00e0 toutes les assembl\u00e9es et \u00e0 quelques consultations citoyennes et chaque fois, nous faisons le m\u00eame constat : pour faire advenir une d\u00e9mocratie participative, il faut apprendre \u00e0 chacun \u00e0 penser au bien commun avant de d\u00e9fendre ses propres int\u00e9r\u00eats. C&rsquo;est une \u00e9cole, un exercice, quelque chose qui ne va pas de soi. Mais \u00e0 Penne, les citoyens ont la possibilit\u00e9 d&rsquo;apprendre \u00e0 le faire, \u00e0 se r\u00e9approprier des outils qui leur ont trop longtemps \u00e9chapp\u00e9 des mains pour sentir qu&rsquo;ils ont un r\u00e9el pouvoir d&rsquo;action sur leur quotidien. Les \u00e9lus sont l\u00e0 pour leur proposer, ils tendent constamment la main. Encore faut-il ensuite que chacun en prenne conscience.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Pierres-vivantes-a-Penne-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-240\" srcset=\"https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Pierres-vivantes-a-Penne-768x1024.jpg 768w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Pierres-vivantes-a-Penne-225x300.jpg 225w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Pierres-vivantes-a-Penne-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/anaid-sayrin.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Pierres-vivantes-a-Penne.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs sur ce point que nous interpelle Catherine, salari\u00e9e \u00e0 Familles Rurales du Causse, une association qui, par une multitude d&rsquo;activit\u00e9s, invite les habitants \u00e0 <em>faire ensemble <\/em>plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre de simples consommateurs de propositions pr\u00e9-con\u00e7ues. Catherine nous le dit&nbsp;: leur objectif est de faire du lien, mais aussi de faire \u00ab&nbsp;circuler l&rsquo;information&nbsp;\u00bb. La solitude guette par ici, comme partout ailleurs. Elle nous alerte notamment sur le probl\u00e8me de l&rsquo;isolement des femmes qui s&rsquo;installent dans la ruralit\u00e9, qui suivent souvent un mari ayant un projet professionnel pendant qu&rsquo;elles restent \u00e0 la maison, parfois sans voiture. Mais comment vivre correctement ainsi si la vie de village dispara\u00eet, si les commerces de proximit\u00e9 disparaissent&nbsp;? Ce fut d&rsquo;ailleurs la raison d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;association \u00e0 sa cr\u00e9ation&nbsp;: la boulangerie ayant ferm\u00e9, les femmes ont du s&rsquo;organiser pour aller chercher du pain. Ensemble, elles ont ensuite imagin\u00e9 autre chose&nbsp;: cr\u00e9er une friperie pour s&rsquo;y \u00e9changer des v\u00eatements \u00e0 moindre co\u00fbt. Petit \u00e0 petit, une \u00e9mulsion s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9e. Elles ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 la structure d&rsquo;une association existante mais en veille, faisant partie de la f\u00e9d\u00e9ration Familles Rurales, une f\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;associations locales \u0153uvrant en faveur des familles sur leur territoire. Rejoindre cette f\u00e9d\u00e9ration leur a permis d&rsquo;\u00eatre accompagn\u00e9es pour mieux se structurer. Depuis, l&rsquo;association a imagin\u00e9 tout un tas d&rsquo;actions \u2013 certaines ont pris, d&rsquo;autres pas. Catherine insiste&nbsp;: pour r\u00e9unir les jeunes comme les anciens et les diff\u00e9rentes CSP qui habitent le territoire, il faut des choses simples. Tous les ans, la r\u00e9colte collective des pommes et la presse du jus continue de faire des \u00e9mules. Et si l&rsquo;association est saine aujourd&rsquo;hui (seulement un tiers de financements publics pour deux tiers de fonds propres!), c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle a su rester attentive aux besoins des habitants. Pour cela, un seul mot d&rsquo;ordre donc&nbsp;: la communication.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, plusieurs friperies existent. \u00c0 Vaour, un Espace de Vie Social (EVS) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 avec un financement de la CAF pour r\u00e9pondre \u00e0 des besoins locaux. Dans l&rsquo;ancien commissariat de Vaour, une Maison France Service a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e. On y trouve un espace de co-working, et un guichet d&rsquo;accompagnement pour un certain nombre de d\u00e9marches administratives. Depuis l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, le Causse Caf\u00e9 y a m\u00eame ouvert ses portes. Tous les jeudis, des b\u00e9n\u00e9voles investissent les cuisines pour pr\u00e9parer vingt-cinq \u00e0 trente repas pour quiconque veut y d\u00e9jeuner. Notre amie Chlo\u00e9, install\u00e9e r\u00e9cemment \u00e0 Penne, a particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un menu 100% Portugal&nbsp;: brandade de morue et<em> pasteis de nata<\/em> pour tout le monde. Chaque semaine, une nouvelle \u00e9quipe. L&rsquo;ambiance est chaleureuse, la serveuse en herbe prend ses marques et le cuisinier du jour vient nous saluer \u00e0 la fin du repas.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs cela que nous retenons de notre s\u00e9jour \u00e0 Penne&nbsp;: la convivialit\u00e9. On nous avait pourtant mis en garde&nbsp;: quand on arrive quelque part, surtout dans la ruralit\u00e9, il est difficile de s&rsquo;int\u00e9grer. Pourtant, dans ce coin du Tarn, on nous accueille \u00e0 bras ouverts, on encourage ceux de bonne volont\u00e9 \u00e0 venir faire vivre cette terre. Et Penne a de quoi titiller notre imaginaire&nbsp;: les opportunit\u00e9s sont l\u00e0 \u2013 comme ce gigantesque complexe, au milieu de la for\u00eat de la Gr\u00e9signe, qui fut autrefois r\u00e9serv\u00e9 aux colonies de vacances et dont la mairie a r\u00e9cemment achet\u00e9 le b\u00e2timent. Cette coquille vide n&rsquo;attend plus que les volontaires pour lui insuffler une nouvelle \u00e2me. On se prend \u00e0 r\u00eaver \u2013 un lieu de rencontre pour toutes les associations et tous les habitants du coin. Pourquoi pas, m\u00eame, y installer quelques habitats l\u00e9gers pour les nouveaux arrivants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La convivialit\u00e9, ce fut surtout celle d&rsquo;Erika et Baptiste, et de leurs trois enfants. Notre p\u00e9riple n&rsquo;aurait pas pu mieux commencer. Avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, avec enthousiasme, ils nous ont ouvert les portes de leur maison, nous ont inclus dans leur quotidien, nous ont r\u00e9gal\u00e9 de leurs regards sur le monde et de leurs plats d\u00e9licieux. Pour conclure ces trois semaines en leur compagnie, Kiyoshi, le p\u00e8re d&rsquo;Erika, est m\u00eame venu pr\u00e9parer des sushis, l&rsquo;apr\u00e8s-midi durant. Le soir, nous avons trinqu\u00e9 au sak\u00e9 avec cette famille qui fut la n\u00f4tre pendant tout le mois. La barre est haute pour les prochains lieux que nous allons d\u00e9couvrir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Retrouvez la s\u00e9rie de r\u00e9cits de notre tour de France <a href=\"http:\/\/anaid-sayrin.com\/index.php\/category\/carnetdevoyage\/tour-de-france\/\">par ici<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me demande \u00e0 quoi ressembleraient les causses si je pouvais les voir d&rsquo;en haut. 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