{"id":98,"date":"2023-03-15T19:02:00","date_gmt":"2023-03-15T18:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/anaid-sayrin.com\/?p=98"},"modified":"2023-04-10T16:58:22","modified_gmt":"2023-04-10T14:58:22","slug":"pensees-a-ho-chi-minh-les-vrais-hippies-fument-de-lencens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anaid-sayrin.com\/index.php\/2023\/03\/15\/pensees-a-ho-chi-minh-les-vrais-hippies-fument-de-lencens\/","title":{"rendered":"Pens\u00e9es \u00e0 Ho Chi Minh : les vrais hippies fument de l&rsquo;encens"},"content":{"rendered":"\n<p>Ho Chi Minh, avec sa modernit\u00e9, ramenait aussi une certaine oisivet\u00e9. Une oisivet\u00e9 plus festive que celle de mes derniers jours \u00e0 Yangon. Entre<em> rooftops<\/em> et <em>pub crawls<\/em>, je red\u00e9couvrais la foule \u00e9clectique des voyageurs qui alternent entre une volont\u00e9 d&rsquo;un retour aux sources pour se d\u00e9tacher de tout mat\u00e9rialisme, et les vapeurs des f\u00eates superficielles entre occidentaux o\u00f9 alcool et drogues bon march\u00e9 alimentent les flirts en passant d&rsquo;un bar \u00e0 l&rsquo;autre. Deux mondes sans doute poreux dans ce microcosme, mais qui peut virer \u00e0 une schizophr\u00e9nie dans laquelle, parfois, certains se perdent. Alors, le voyage s&rsquo;arr\u00eate pendant trop longtemps, et la conqu\u00eate des corps lib\u00e9r\u00e9s et de nouveaux territoires psych\u00e9d\u00e9liques prend le dessus sur la d\u00e9couverte des paysages r\u00e9els et des sinc\u00e8res rencontres.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, \u00e0 ces <em>pub crawls <\/em>et <em>rooftops fancy<\/em>, je pr\u00e9f\u00e9rais m&rsquo;asseoir avec Casey sur les minuscules tabourets de la taille de repose-pieds, install\u00e9s devant les petits caf\u00e9s d&rsquo;une des rues festives d&rsquo;Ho Chi Minh. Nous regardions passer les gens, les scooters et les petits stands de nourriture tir\u00e9s par des cyclistes qui avan\u00e7aient au ralenti. Un soir, Leandro nous y avait rejoint&nbsp;: nous l&rsquo;avions rencontr\u00e9 sur la plage de Koh Rong, au Cambodge, o\u00f9 il vendait les bijoux qu&rsquo;il fabriquait lui-m\u00eame. Il nous avait racont\u00e9 plus longuement sa vie, ses allers-retours entre l&rsquo;Asie et l&rsquo;Europe, o\u00f9 il \u00e9cumait les march\u00e9s avec ses cr\u00e9ations. J&rsquo;avais une certaine fascination pour ce genre de parcours. Non pas tant par envie d&rsquo;en faire moi-m\u00eame mon mode de vie, mais plut\u00f4t par une grande admiration envers cette libert\u00e9 mentale affich\u00e9e, cette capacit\u00e9 \u00e0 suivre son envie sans s&rsquo;encombrer de la crainte d&rsquo;\u00e9chouer ou de d\u00e9cevoir. Pour ma part, je n&rsquo;en \u00e9tais pas encore tout \u00e0 fait l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet attrait pour les \u00ab&nbsp;esprits&nbsp;libres&nbsp;\u00bb n&rsquo;avait rien de nouveau pour moi. Au coll\u00e8ge, ma meilleure amie, Marina, et moi partagions une grande passion pour les ann\u00e9es hippies. Nous nous faisions des tresses dans les cheveux, collions des \u00e9toiles sur notre front, et essayions en vain de fumer de l&rsquo;encens. A mes d\u00e9but d&rsquo;Internet, mon adresse mail \u00e9tait en toute simplicit\u00e9 \u00ab&nbsp;sixties@hotmail.com&nbsp;\u00bb &#8211; j&rsquo;\u00e9tais suffisamment pr\u00e9curseur, il faut croire, pour pouvoir me payer le luxe d&rsquo;une adresse aussi simple. J&rsquo;en avais aussi grandement voulu \u00e0 ma m\u00e8re lorsqu&rsquo;elle m&rsquo;avait dit avoir jet\u00e9 ses pantalons pattes d&rsquo;eph&rsquo; depuis belle lurette. Je m&rsquo;\u00e9tais jur\u00e9e, ce jour-l\u00e0, que je garderai tous mes habits pour les transmettre avec amour \u00e0 ma future fille. Si un jour tu existes, je m&rsquo;excuse&nbsp;: j&rsquo;ai jet\u00e9 les habits que je portais \u00e0 l&rsquo;adolescence et crois-moi, tu ne pourrais pas m&rsquo;en vouloir pour \u00e7a. Quant \u00e0 toi, maman, je te pardonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce que je vivais l\u00e0, assise sur une chaise en plastique des rues d&rsquo;Ho Chi Minh, valait bien toutes les pattes d&rsquo;eph du monde&nbsp;: d\u00e9gustant une bouteille de Hanoi, j&rsquo;\u00e9coutais sous la chaleur moite du Vietnam Leandro parler fabrication de bijoux sur la plage et Casey exposant une th\u00e9orie de l&rsquo;ethnobotaniste Terrence McKenna sur le r\u00f4le jou\u00e9 par les champignons hallucinog\u00e8nes dans l&rsquo;\u00e9volution de <em>Homo Erectus<\/em> vers <em>Homo Sapiens. <\/em>Je n&rsquo;\u00e9tais pas loin de vivre le r\u00eave \u00e9veill\u00e9 de mon moi de treize ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais bien s\u00fbr, tout cela n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une apparence&nbsp;: j&rsquo;aurais pu faire du macram\u00e9 dans un ashram en Inde que je n&rsquo;aurais pas pu faire rena\u00eetre l&rsquo;\u00e9motion d&rsquo;une d\u00e9cennie qui me rendait nostalgique sans m\u00eame l&rsquo;avoir connue. Apr\u00e8s cette p\u00e9riode pass\u00e9e \u00e0 essayer de tirer des lattes sur des sticks d&rsquo;encens dans la chambre de Marina, j&rsquo;avais un peu d\u00e9sacralis\u00e9 la chose. Mais il me restait quand m\u00eame une certaine \u00ab&nbsp;jalousie&nbsp;\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ces jeunes de vingt ans (ou plus, ou moins) qui avaient l&rsquo;impression que leur engagement signifiait quelque chose. J&rsquo;aurais voulu me croire Bob Hunter, premier pr\u00e9sident de Greenpeace, montant avec d&rsquo;autres sur le <em>Phillys Cormack<\/em> pour emp\u00eacher les essais nucl\u00e9aires d&rsquo;Amchitka, ou Joan Baez arpentant les rue de New York pour la Fifth Avenue Peace Parade contre la guerre du Vietnam. Plus g\u00e9n\u00e9ralement me manquait le sentiment d&rsquo;un mouvement global qui donnerait l&rsquo;espoir de fa\u00e7onner le monde avec d&rsquo;autres couleurs. M\u00eame si l&rsquo;on sait quelle fut la suite des \u00e9v\u00e9nements, j&rsquo;aurais voulu, moi aussi, ressentir cette effervescence.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;apr\u00e8s-midi, justement, nous avions visit\u00e9 le mus\u00e9e de la guerre \u00e0 Ho Chi Minh. Un mus\u00e9e particuli\u00e8rement bien fait, et qui m&rsquo;aura profond\u00e9ment marqu\u00e9e. Contrairement les champs d&rsquo;ex\u00e9cution de Choeung Ek, m\u00e9moire des massacres Khmers Rouges au Cambodge, le mus\u00e9e de la guerre d&rsquo;Ho Chi Minh reste tr\u00e8s didactique, et sait manier l&rsquo;\u00e9motion sans tomber dans l&rsquo;effroi. Et visiter le mus\u00e9e avec un Am\u00e9ricain rendait l&rsquo;exercice encore plus int\u00e9ressant&nbsp;: sur les \u00ab&nbsp;incidents&nbsp;\u00bb du golf du Tonkin, \u00e9v\u00e9nement \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;entr\u00e9e en guerre des am\u00e9ricains, l&rsquo;exposition accusait les Etats-Unis d&rsquo;avoir invent\u00e9 de toutes pi\u00e8ces une attaque par des torpilleurs nord-vietnamiens afin d&rsquo;avoir un pr\u00e9texte pour lancer l&rsquo;offensive. \u00ab&nbsp;Ce n&rsquo;est pas comme \u00e7a qu&rsquo;on nous exposait les faits \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole&nbsp;\u00bb, m&rsquo;avait dit Casey. A la d\u00e9charge de ses professeurs, ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 2005 qu&rsquo;un document am\u00e9ricain confidentiel a refait surface pour admettre que l&rsquo;op\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 construite sur un mensonge. La derni\u00e8re partie du mus\u00e9e \u00e9tait consacr\u00e9e aux insoutenables images des corps d\u00e9form\u00e9s par l&rsquo;Agent Orange de Monsanto et par les archives des mouvements de contestation, \u00e0 travers le monde, qui s&rsquo;opposaient \u00e0 cette interminable guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois dire qu&rsquo;apr\u00e8s ces photos de foules opposant la non-violence aux casques des arm\u00e9es, parler de bijoux artisanaux et de champignons hallucinog\u00e8nes sur le trottoir d&rsquo;une rue bond\u00e9e d&rsquo;Ho Chi Minh \u00e9tait presque du m\u00eame niveau que de fumer de l&rsquo;encens sur l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;engagement hippie.Tout comme l&rsquo;\u00e9taient ces groupuscules de touristes aux cheveux tress\u00e9s traversant la moiti\u00e9 du monde pour se reconnecter \u00e0 une spiritualit\u00e9 rapidement noy\u00e9e dans la f\u00eate \u00e0 bas prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela en fait-il un engagement moins sinc\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s tout, peut-\u00eatre pas. Apr\u00e8s tout, \u00e0 chaque \u00e9poque ses combats et ses moyens de les mener. Pendant ces mois en Asie, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 beaucoup de pseudo\/n\u00e9o\/faux hippies, mais encore plus de personnes, jeunes et moins jeunes, bien ancr\u00e9es dans leur \u00e9poque, remettant en question la flamboyante ind\u00e9cence des ann\u00e9es 80 et 90 et son culte de l&rsquo;enrichissement \u00e0 outrance, et revendiquant le droit \u00e0 ce que la vie fasse sens. Et surtout, ce combat l\u00e0 me paraissait, pour beaucoup, tr\u00e8s ancr\u00e9, tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chi, tr\u00e8s intime. Une r\u00e9volution int\u00e9rieure, pour reprendre un terme \u00e0 la mode, plus qu&rsquo;un d\u00e9fil\u00e9 dans les capitales occidentales&nbsp;; et surtout, une position qui semblait peu \u00e0 m\u00eame de se faire souffler par le prochain changement de d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me moque encore gentiment de moi-m\u00eame et des <em>backpackers <\/em>partant chercher un sens \u00e0 leur vie sous la lumi\u00e8re de la <em>full moon. <\/em>J&rsquo;avais jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment une dreadlock involontaire bien cach\u00e9e sous mon amas de cheveux, et depuis ces mois en Asie, m\u00eame si je n&rsquo;essaye plus de fumer de l&rsquo;encens, je regrette presque de m&rsquo;\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9e de ma garde-robe collection Mai 68 que je portais adolescente. Mais ce n&rsquo;est (presque) plus par nostalgie d&rsquo;une \u00e9poque que je n&rsquo;ai pas connue. Finalement, m\u00eame si la marche du monde m&rsquo;effraie toujours autant et que je suis intimement persuad\u00e9e que nous avons atteint un point de non-retour environnemental qui me terrifie, je vois, autour de moi, une r\u00e9volution se faire. Une r\u00e9volution de l&rsquo;ordre de l&rsquo;intime qui ne se crie pas par slogans, mais qui se dessine par des actes individuels mais tr\u00e8s concrets et qui ont tous, comme finalit\u00e9, de construire sa vie en conscience. En conscience de soi-m\u00eame, bien s\u00fbr, mais aussi en conscience de l&rsquo;autre et de l&rsquo;impact de nos choix personnels sur l&rsquo;avanc\u00e9e de nos soci\u00e9t\u00e9s. Je la trouve plut\u00f4t cool, cette r\u00e9volution. Ca me dit bien d&rsquo;y prendre part. Promis, j&rsquo;apporterai l&rsquo;encens.P<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ho Chi Minh, avec sa modernit\u00e9, ramenait aussi une certaine oisivet\u00e9. 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